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Le plan Dukan

Vingt-cinq ans ont passé depuis ma rencontre décisive avec cet obèse qui a changé le cours de ma vie. Depuis, je me consacre à la nutrition et j’aide des gros et des moins gros à maigrir et à stabiliser leur poids. Comme tous mes pairs médecins, j’ai été formé à l’école bien cartésienne et française de la mesure et de l’équilibre, du décompte des calories et des régimes hypocaloriques, où tout doit rester permis mais en quantités modérées. Dès mon arrivée sur le terrain, cette belle construction théorique, fondée sur l’espoir fou qu’il était possible de déprogrammer le gros et ses extravagances de bouche pour en faire un fonctionnaire scrupuleux du décompte calorique, a volé en éclats. Aujourd’hui, ce que je sais et pratique, je l’ai appris et développé au contact direct et quotidien d’êtres de chair et de sang, des hommes mais bien plus souvent des femmes, bouillonnant de désirs de bouche et de besoins de table.

J’ai donc très vite compris qu’un gros n’était pas gros par hasard, que sa gourmandise et son apparente désinvolture face à l’aliment camouflaient un besoin de se gratifier en mangeant, et que ce besoin était d’autant plus impérieux qu’il était branché sur des circuits de survie aussi archaïques que viscéraux. Il me devint très vite évident que l’on ne pouvait faire maigrir durablement un gros en lui donnant seulement des conseils, fussent-ils de bon sens ou fondés sur des arguments scientifiques, deux situations où le sujet n’a guère d’autre choix que d’obéir ou de s’esquiver.

Ce que souhaite un gros décidé à maigrir, ce qu’il demande à un thérapeute ou à une méthode, c’est d’éviter d’avoir à affronter seul la punition infligée à tout être qui s’oppose volontairement à un comportement de survie. Ce qu’il cherche, c’est donc une volonté extérieure à lâ sienne, un décideur qui marche devant lui et lui fournit des consignes, toujours des consignes, encore des consignes, car ce qu’il déteste le plus au monde et ne sait tout simplement pas faire, c’est décider seul du jour, de l’heure et des moyens de sa privation. Le gros avoue sans honte – pourquoi en aurait-il ? – sa faiblesse, voire même une certaine immaturité dans le registre de la gestion de son poids. J’ai connu
toutes sortes de gros ou de grosses, d’origines sociales diverses, des gens simples comme des grands de ce monde, des décideurs, des banquiers ou même des hommes politiques, des êtres intelligents, brillants voire éminents, mais tous ceux qui s’asseyaient en face de moi se décrivaient comme étonnamment faibles face à la nourriture, l’utilisant à leur corps défendant, tels des enfants gourmands.

À l’évidence, la plupart d’entre eux ont bâti dans le secret de la prime enfance une « ligne de fuite » facile vers l’aliment, par laquelle se déchargent le trop-plein de tension et la trop grande fréquence des déplaisirs et des stress. Ainsi, toute prescription rationnelle logique ou responsable ne résiste pas, ou pas longtemps, à la pression de cette défense archaïque.Renforçant ma conviction, j’ai vu pendant mes trente ans de pratique défiler tous les régimes qui
ont défrayé la chronique et marqué leur époque. J’en ai décompté 210 depuis le début des années cinquante. Certains d’entre eux, supportés et popularisés par des livres, furent des best-sellers mondiaux tirés à des millions d’exemplaires, tels le régime Atkins, le Scarsdale, leMontignac, le Weight Watchers, tous des modèles du genre qui m’ont fait comprendre à quel point le gros accueille à bras  ouverts ces ouvrages à forte consigne intégrée, y compris le draconien, absurde et même dangereux régime dit de la Mayo Clinic, célèbre clinique américaine, véritable ineptie nutritionnelle avec sa vingtaine d’œufs hebdomadaire, mais qui, trente ans après sa naissance, continue à circuler sous le manteau malgré les dénégations unanimes de tous les nutritionnistes du monde.

L’analyse de ces régimes et des raisons de leur incroyable succès, la pratique et l’écoute quotidienne des gros, l’observation de la puissance de leur détermination à certains moments de leur vie et leur extrême facilité à se décourager en l’absence de résultats rapides et proportionnels à leur effort, m’ont convaincu que : Le gros qui désire maigrir a besoin d’un régime qui démarre vite et porte rapidement ses premiers fruits, suffisamment vite pour renforcer et entretenir 5a motivation, et il a tout aussi besoin d’objectifs précis à atteindre, fixés par un donneur de consignes extérieur à lui avec instauration d’étapes et de points de passage où il puisse rendre compte de ses efforts
en les comparant aux performances attendues. La plupart des régimes spectaculaires qui flambèrent dans le passé récent possédaient bien cet effet starter et fournissaient bien les résultats promis. Malheureusement, leurs consignes, les rails et les étapes fournis s’éteignaient avec la lecture de l’ouvrage et laissaient le gros amaigri à nouveau seul avec ses tentations sur sa planche glissante. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, tout repartait de plus belle.
Tous ces régimes, même les plus originaux et inventifs, au cours de la phase d’attaque se révélaient étrangement indigents une fois l’objectif atteint. Ils abandonnaient leurs adeptes avec les sempiternels conseils de bon sens, de modération et d’équilibre que l’ex-gros n’aura jamais les moyens de suivre. Aucun de ces régimes célèbres n’a pu trouver le moyen d’appliquer à la période qui s’ouvre après l’amaigrissement, l’accompagnement et la fourni-
ture de consignes et de repères précis, simples et efficaces, qui avaient fait le succès de leur phase d’attaque.

Le gros amaigri et victorieux sait d’instinct qu’il n’a pas le pouvoir de conserver seul et sans encadrement le fruit de son effort. Il sait aussi que, livré à lui-même, il reprendra du poids, d’abord lentement puis plus vite et avec ce même extrémisme qui lui avait permis de maigrir. Le gros qui vient de maigrir avec une méthode directive a donc besoin de conserver un rappel de cette présence symbolique ou de cette main tenue qui l’accompagnait et le dirigeait pendant son amaigrissement. Une consigne suffisamment simple, ponctuelle, efficace et peu frustrante pour pouvoir
être suivie le reste de la vie. Non satisfait par la majorité des grands régimes à la mode se contentant d’une victoire éclatante mais sans lendemain, conscient de l’inefficacité des régimes hypocaloriques et des recommandations
de bon sens qui conservent, malgré toutes les déconvenues, l’espoir de transformer le flambeur en comptable, j’ai été amené à façonner mon propre régime amaigrissant : le régime des protéines alternatives qui fait l’objet de ce présent ouvrage et que des années de pratique m’auto-risent à considérer comme à la fois le plus efficace et le mieux toléré
des régimes alimentaires actuels. Je sais qu’exprimé ainsi, cela me vaudra d’être considéré comme immodeste. Je prends ce risque car je le pense du plus profond de ma conviction et ne pas le dire, dans le contexte de fléau grandissant, est presque une non-assistance à personne en danger.

Ce régime, dans ses deux premières phases proprement amaigrissantes, est formé d’un duo de régimes qui fonctionne comme un moteur à deux temps, dans lequel une période de régime de protéines pures, régime d’attaque et de conquête par excellence, est immédiatement suivie par une période où ces mêmes protéines sont associées à
des légumes, temps de récupération qui permet au corps de digérer sa perte de poids. Au fil du temps et prenant en compte l’extrême facilité de mes patients à se relâcher dès l’objectif atteint et à récidiver en l’absence de consignes et
de cadre précis, ce régime s’est progressivement transformé en un plan global d’amaigrissement.

Ce plan respecte la psychologie particulière du gros et intègre les conditions indispensables à la réussite de tout amaigrissement que nous venons de passer en revue et que je résume ici : il offre au gros qui tente de maigrir un réseau de consignes précises, une mise sur rails, des étapes et des objectifs qui ne laissent place à aucune interprétation ou transgression. Mis à part le jeûne et le régime à base de sachets de protéines en poudre, ce plan est, de tous les régimes à base d’aliments naturels que j’ai eu l’occasion de pratiquer, celui qui me paraît aujourd’hui le plus performant. La perte de poids initiale obtenue est suffisamment forte et rapide pour lancer le régime et renforcer durablement la motivation. C’est un régime peu frustrant qui bannit la pesée des aliments et le décompte des calories et qui fournit un espace de liberté totale sur un certain nombre d’aliments courants. Ce n’est pas un simple régime, mais un plan d’amaigrissement global que l’on accepte ou refuse comme un tout indissociable. Il se décompose en quatre phases successives :

 

La phase d’attaque
Une phase d’attaque menée avec le « régime des protéines pures » qui permet un démarrage foudroyant, pratiquement aussi rapide que le jeûne ou le régime des protéines en poudre, mais sans leurs inconvénients.

 

La phase de croisière
Une période de croisière conduite avec le «régime des protéines alternatives », une alternance de jours de protéines alternant avec des jours de protéines + légumes, qui permet d’atteindre d’une traite et sans pause le poids choisi.

 

La phase de consolidation
Un régime de consolidation du poids obtenu, destiné à prévenir le phénomène du rebond qui veut qu’après toute baisse rapide de poids, le corps a tendance à reprendre ce poids perdu avec une extrême facilité. Période de haute vulnérabilité, sa durée est très précisément de W jours pour chaque kilo perdu.

 

La phase de stabilisation définitive
Enfin et surtout, une stabilisation définitive reposant sur trois mesures de sécurité simples, peu contraignantes et indispensables à la conservation du poids perdu : un jour fixe par semaine du régime d’attaque à suivre chaque jeudi pour le reste de la vie, l’abandon des ascenseurs et les 3 cuillers à soupe de son d’avoine, constituant trois consignes
certes strictes et non négociables, mais suffisamment ponctuelles et efficaces pour être acceptées sur une si longue durée.

Certains Mots Cls


kinésiologie pour maigrir.

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